LE TEXTILE EN ASIE

Frank VOSSEN, directeur de SEDITEX, une entreprise de sourcing au Vietnam et en Asie du Sud Est nous a accordé un peu de son temps pour nous présenter le secteur du textile en Asie. Vous pouvez retrouver son parcours et d’autres informations très utiles dans son interview : Interview de Frank.



Les Chinois décident de plus en plus de s’installer au Vietnam avec leur industrie, car leur pays est devenu cher. Les villes qui longent les côtes maritimes sont de plus en plus habitées par les usines et réduisent ainsi la place pour les nouvelles commandes. Une solution a été apportée par le gouvernement pour les plus téméraires qui décident de construire dans le centre-est du pays : China-Europe Railway Express. Il est opportun de rappeler que 450 milliards de dollars ont été investis dans les infrastructures ferroviaires chinoises reliant l’ouest de la Chine et l’Europe pour faciliter les échanges commerciaux. Depuis son inauguration en 2011, les trains de fret ont effectué plus de 14 000 trajets entre la Chine et l’Europe. Rien qu’en 2018, près de 5 000 trains de marchandises ont transité sur cette ligne de 12 000 kilomètres de long, qui relie désormais 22 provinces chinoises à 15 pays européens – dont la France.


Un autre problème est avancé : le pays, ayant longtemps été soumis à la politique de l’enfant unique, voit sa main d’œuvre faiblir. Effectivement, les enfants ont très souvent été envoyés faire des études supérieures et disposent donc d’un master ou d’un doctorat qu’ils ne souhaitent pas mettre à profit à l’usine. Pour pallier la situation, les usines ont décidé d’automatiser leur production, mais cela coûte aussi cher ou presque que d’automatiser une usine aux Etats-Unis. Cette solution est donc économiquement profitable pour vendre localement ou dans les pays voisins.

Une autre solution pour les entreprises internationales est de recruter dans les pays voisins à la Chine. Elles ont l’embarras du choix : Laos, Cambodge, Birmanie, Philippines, Bengladesh, Indonésie… Mais pourtant, très peu de pays disposent de toutes les cartes pour concurrencer la Chine.

Le Laos ne dispose pas de port. Le Cambodge et la Birmanie ne comptent pas assez de main d’œuvre, respectivement 17 et 54 millions. Le manque de stabilité politique et économique aux Philippines n’est pas profitable pour les investisseurs. Les intempéries qui frappent le pays ne sont pas non plus en sa faveur, tout comme la productivité des locaux jugée faible. Le Bengladesh et l’Indonésie pourraient être de potentiels lieux de production, mais leur instabilité économique et politique effraie les investisseurs étrangers. Finalement, le seul pays qui dispose d’une main d’œuvre suffisante (97 millions) et bon marché (environ 50 % moins chère qu’en Chine), d’une économie et d’un gouvernement stables et d’accès maritimes est le Vietnam.


Il y a quelques années encore, le prix de la matière première achetée en Chine coûtait plus cher au Bengladesh (pays dans lequel la main d’œuvre est la moins chère au monde) que le prix du produit fini vendu en Chine.

Désormais, les matières premières textiles, largement présentes en Chine, se déplacent petit à petit dans les pays voisins.

Il y a quatre ans, le Vietnam importait 70 % du textile, aujourd’hui, il importe moins de 40 %. La maille en polyester et en coton est produite localement et est à privilégier dans le temps, car son traitement est plus respectueux de l’environnement et moins cher. Bien que l’environnement soit aujourd’hui un aspect primordial pour les entreprises, il s’agit plus d’un argument commercial que d’un mouvement social ; le prix restant toujours vital pour les consommateurs.


Selon Frank, même si les Vietnamiens disposent d’avantages comparatifs légitimes : infrastructures maritimes, territoires vierges (notamment dans le centre du pays), économie et politique stables, population nombreuse, les matières premières ne sont pas encore assez présentes sur le territoire.

« Le domaine du textile n’est à privilégier au Vietnam que si vous recherchez de la main d’œuvre de qualité. Le travail peu cher et de faible qualité n’existe pas au Vietnam. »
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