Une saison des pluies historique révélatrice de l’évolution des politiques vietnamiennes de gestion des catastrophes
- RelocationVietnam
- 30 déc. 2025
- 4 min de lecture

Cette année, la saison des pluies au Vietnam se distingue par son intensité, sa durée et la fréquence exceptionnelle des phénomènes météorologiques extrêmes. Traditionnellement, cette saison s’étend de mai à octobre, avec un pic d’activité des typhons entre août et septembre. En moyenne, le pays est touché par 5 à 10 typhons et tempêtes tropicales par an. En 2025, cette norme a été largement dépassée : 21 systèmes tropicaux ont été recensés dans la mer de Chine méridionale, dont 15 typhons, ce qui constitue un record depuis le début des relevés météorologiques en 1961.
Cette activité exceptionnelle s’explique par une combinaison de facteurs climatiques, notamment des températures de surface de la mer anormalement élevées et une mousson particulièrement active. Plusieurs typhons ont frappé directement le territoire vietnamien, tandis que d’autres, bien que restant en mer, ont provoqué de fortes pluies et des vents violents à l’intérieur des terres.
Cependant, les inondations les plus spectaculaires de l’année ne sont pas uniquement dues aux typhons. Les pluies diluviennes associées à la mousson ont atteint des niveaux sans précédent. Entre le 27 et le 28 octobre 2025, certaines stations météorologiques du centre du pays ont enregistré jusqu’à 1,74 mètres de précipitations en seulement 24 heures, battant les records établis lors des grandes inondations de 1999. Ces volumes exceptionnels ont saturé les sols, empêchant l’infiltration de l’eau et provoquant des crues rapides et violentes.
De lourdes conséquences matérielles, humaines et économiques
Dans de nombreuses provinces centrales, les inondations ont dépassé deux mètres de hauteur, submergeant routes, habitations et infrastructures publiques. Des glissements de terrain ont également été signalés dans les zones montagneuses, aggravant les dégâts et compliquant les opérations de secours.
Le bilan humain et économique de cette saison des pluies est lourd. Selon les autorités vietnamiennes, plus de 400 personnes ont perdu la vie ou sont portées disparues en raison des tempêtes, des inondations et des glissements de terrain survenus en 2025. Plus de 700 personnes ont été blessées. Les pertes économiques sont estimées à plus de 85 000 milliards de dongs vietnamiens, soit environ 3,2 milliards de dollars américains.
Les dégâts matériels sont considérables avec plus de 337 000 habitations détruites, endommagées ou temporairement submergées. Le secteur agricole, pilier de l’économie vietnamienne, a été particulièrement touché : plus de 553 000 hectares de rizières et de cultures vivrières ont été inondés, mettant en difficulté des centaines de milliers d’agriculteurs. De nombreuses infrastructures essentielles, telles que des routes, des ponts et des réseaux électriques, ont également subi d’importants dommages.
Des mesures réactives de la part des autorités vietnamiennes
Face à cette situation, le gouvernement vietnamien a rapidement mobilisé des moyens importants pour protéger la population et limiter les conséquences de ces catastrophes. Les forces armées, la police et les services de secours ont été déployés massivement pour participer aux opérations d’évacuation, de sauvetage et d’assistance humanitaire. Des dizaines de milliers d’habitants des zones les plus exposées ont été déplacés vers des abris temporaires ou des bâtiments publics sécurisés.
En parallèle, l’État a mis en place des aides financières d’urgence pour les familles sinistrées et les collectivités locales. Des distributions de nourriture, d’eau potable et de produits de première nécessité ont été organisées, souvent avec le soutien de la solidarité nationale et des organisations humanitaires.
Le développement rapide du numérique au Vietnam a également joué un rôle déterminant dans la gestion de cette crise. Le pays compte environ 137 millions de connexions mobiles, soit un nombre supérieur à sa population totale. Cette forte connectivité a permis aux autorités de diffuser rapidement des alertes météorologiques et des consignes de sécurité par SMS et via des applications dédiées. Ces outils numériques offrent un suivi quasi en temps réel de l’évolution des tempêtes, des niveaux des rivières et des zones inondées.
Grâce à ces systèmes d’alertes précoces et aux évacuations préventives, certaines régions ont pu limiter le nombre de victimes malgré la violence des phénomènes observés. Bien que cette saison des pluies reste l’une des plus destructrices de l’histoire récente du pays, les autorités soulignent que les mesures de prévention et de réaction mises en place ont permis d’éviter un bilan humain encore plus lourd.
Une évolution marquée par des politiques publiques et par la solidarité
Les catastrophes naturelles ne sont pas nouvelles au Vietnam, mais la manière d’y répondre a profondément évolué au cours des dernières décennies. Dans les années 1990 et au début des années 2000, la gestion des risques reposait principalement sur des interventions a posteriori. Les systèmes d’alerte étaient limités, les prévisions météorologiques moins précises et la diffusion de l’information lente, notamment dans les zones rurales.
Les grandes inondations de 1999 dans le centre du pays avaient causé plus de 600 décès. À cette époque, les évacuations étaient peu nombreuses, souvent tardives, et l’aide humanitaire manquait de coordination. La solidarité existait, mais elle était principalement locale et spontanée.
À partir des années 2010, le Vietnam a progressivement adopté une approche plus structurée, axée sur la prévention et l’anticipation. Les capacités de prévision ont été renforcées, les protocoles d’évacuation ont été clarifiés et la coordination entre les autorités centrales et locales a été nettement améliorée.
L’essor du numérique constitue un tournant majeur. Là où l’information mettait autrefois plusieurs heures, voire plusieurs jours à circuler, les alertes peuvent désormais être diffusées instantanément à grande échelle. Cette évolution a considérablement réduit le nombre de personnes exposées aux crues soudaines et aux typhons.
De plus, l’État joue aujourd’hui un rôle central dans la mobilisation des ressources. L’armée, la police et les services de secours sont intégrés aux plans nationaux de gestion des catastrophes, ce qui permet des interventions plus rapides et plus efficaces. Les aides financières d’urgence, désormais systématisées, contribuent également à accélérer la reconstruction.
Enfin, la solidarité nationale s’est renforcée et structurée grâce aux réseaux sociaux et aux plateformes numériques, facilitant les collectes de fonds et l’acheminement de l’aide vers les zones sinistrées.
Malgré une intensification des phénomènes climatiques, les pertes humaines par événement tendent à être inférieures à celles observées lors de catastrophes comparables dans le passé. Cette évolution souligne l’efficacité croissante des politiques publiques mises en œuvre et témoigne d’une amélioration tangible de la résilience du Vietnam face aux aléas climatiques.



Commentaires