Vietnam : quand le sport devient un moteur économique
- RelocationVietnam
- 2 juil.
- 5 min de lecture
Le sport vietnamien est en train de devenir une industrie
Pendant longtemps, le sport vietnamien a été perçu comme un sujet relevant principalement des politiques publiques, de l'éducation ou du divertissement. Pourtant, une transformation plus discrète est en cours : au Vietnam, le sport devient progressivement un secteur économique à part entière.

Aujourd'hui, l'économie du sport vietnamienne représente entre 1,5 et 2,5 milliards de dollars. Une taille encore modeste comparée aux grandes puissances asiatiques, mais qui masque une dynamique particulièrement intéressante. Production industrielle, médias, sponsoring, infrastructures, événements, technologies sportives : l'écosystème se structure rapidement.
Et surtout, il commence à attirer l'attention des investisseurs.
Le sport, un réflexe du quotidien
L'essor de l'économie du sport au Vietnam s'explique aussi par une réalité culturelle souvent méconnue : le sport fait déjà partie du quotidien de millions de Vietnamiens. Dès 5 heures du matin, les parcs et espaces publics se remplissent de joggeurs, de groupes de gymnastique, de pratiquants de badminton ou de tai-chi. Le même phénomène se répète en fin de journée, lorsque les habitants se retrouvent pour faire du sport après le travail.
Cette pratique régulière, ancrée dans les habitudes de vie, constitue un terrain particulièrement favorable au développement de nouveaux marchés. À mesure que le niveau de vie progresse, les Vietnamiens sont de plus en plus nombreux à investir dans leur bien-être, créant des opportunités pour les salles de sport, les équipements, les événements sportifs ou encore les disciplines premium comme le golf et le triathlon. Un rapport cité en 2019 indiquait un taux de croissance annuel composé des revenus du secteur proche de 19,5% pour la période 2018–2023, illustrant une expansion rapide du marché des clubs de fitness.
Un marché encore jeune, mais déjà stratégique
Le gouvernement vietnamien ne considère plus le sport uniquement comme un enjeu de performance ou de santé publique. Il souhaite faire du sport un véritable levier économique, en adoptant une stratégie de développement du sport jusqu’en 2030, avec une vision portée jusqu'en 2045.
En effet, les investissements annuels consacrés au développement du sport atteignent près de 850 milliards de dôngs entre 2024 et 2026, avec une nouvelle augmentation déjà prévue pour la période 2027-2030.
L'objectif est clair : professionnaliser les compétitions, renforcer l'attractivité des disciplines nationales et développer un environnement capable d'attirer davantage de partenaires privés.
Le Vietnam, usine mondiale des plus grandes marques de sport
Lorsqu'on parle de sport au Vietnam, un chiffre revient systématiquement : près de 40 % de la production mondiale d'Adidas est réalisée dans le pays.
Nike, Adidas, Puma ou encore Decathlon ont massivement intégré le Vietnam dans leurs chaînes d'approvisionnement internationales. Pour Decathlon, cela représente déjà plus de 130 usines partenaires réparties sur le territoire.
Le pays est devenu l'un des piliers mondiaux de la fabrication d'équipements sportifs.
Cette position offre un avantage considérable : le Vietnam ne part pas de zéro. Il possède déjà les compétences industrielles, les infrastructures logistiques et le savoir-faire nécessaires pour accompagner la croissance de l'économie sportive.
La prochaine étape consiste désormais à capter davantage de valeur ajoutée localement, notamment dans les domaines du design, de l'innovation produit, des technologies sportives et des marques nationales.
Une industrie sous pression géopolitique
Cette dépendance aux exportations crée également des vulnérabilités.
En avril 2025, Donald Trump a annoncé des droits de douane pouvant atteindre 46 % sur certaines importations vietnamiennes à destination des États-Unis. Une mesure qui concerne directement les grands acteurs du secteur sportif mondial.
Même si les chaînes de production ne peuvent pas être relocalisées du jour au lendemain, cet épisode rappelle une réalité importante : le sport est désormais une industrie mondialisée, exposée aux mêmes risques géopolitiques que les autres secteurs stratégiques.
Pour le Vietnam, l'enjeu sera donc de diversifier ses débouchés tout en renforçant sa consommation domestique.
La bataille des droits TV ne fait que commencer
Le sport vietnamien n'est plus seulement un produit à fabriquer. Il devient progressivement un contenu à monétiser.
Ces deux dernières années, les grands groupes médias ont multiplié les acquisitions de droits sportifs internationaux. Vietcontent a obtenu les droits des compétitions européennes de l'UEFA jusqu'en 2027. SCTV contrôle les droits exclusifs de la Liga espagnole pour cinq saisons. Canal+ a sécurisé plusieurs compétitions majeures de l'AFC en Asie.
Parallèlement, de nouvelles plateformes apparaissent pour capter les audiences sportives numériques, à l'image de l'application développée conjointement par VTVcab et VNPT.
Cette évolution reflète une tendance mondiale : les droits sportifs deviennent l'un des contenus les plus rentables dans un univers médiatique de plus en plus fragmenté.
Au Vietnam, cette bataille est encore à ses débuts.
Sponsors, audiences et professionnalisation : le nouveau défi
Le véritable changement pourrait toutefois venir du sport professionnel lui-même.
Le Vietnam a remporté 337 médailles internationales au premier semestre 2025. Les performances progressent. Les audiences augmentent. L'intérêt des marques suit la même trajectoire.
La récente décision gouvernementale N°1722, qui vise à mieux encadrer les conditions des entraîneurs et des athlètes de haut niveau, s'inscrit dans cette logique de professionnalisation.
L'enjeu est désormais économique : transformer les performances sportives en valeur commerciale.
Pour y parvenir, les fédérations et les organisateurs devront développer des compétitions plus attractives, améliorer leur production audiovisuelle, structurer leurs offres de sponsoring et construire des marques sportives capables de fidéliser un public.
Autrement dit, appliquer au sport les mêmes principes de développement que n'importe quelle autre industrie.
Le prochain terrain de jeu : les services sportifs
Si l'industrie manufacturière reste dominante, les opportunités les plus intéressantes pourraient émerger ailleurs.
L'augmentation du niveau de vie favorise l'apparition de nouveaux marchés : centres de fitness premium, golf indoor, académies sportives privées, technologies d'analyse de performance, événements corporate, tourisme sportif ou encore plateformes numériques dédiées à la pratique sportive. La pénétration actuelle du fitness dans la classe moyenne reste faible (~1%), mais des projections montrent qu’elle pourrait atteindre ~5% dans les cinq prochaines années, signalant un large potentiel de croissance pour les offres premium (clubs, équipements, services).
Ces segments restent encore relativement fragmentés, mais ils bénéficient d'une demande en forte progression dans les grandes villes comme Ho Chi Minh-Ville ou Hanoï. De nombreux entrepreneurs, comme Stéphane Pelletier (Infinite Golf), ouvrent des clubs de sport dans la ville.
Pour les entrepreneurs, c'est probablement là que se situe aujourd'hui la partie la plus ouverte du marché.
Une économie sportive qui entre dans une nouvelle phase
Le Vietnam ne deviendra pas une puissance sportive mondiale du jour au lendemain. En revanche, il est déjà en train de devenir un acteur économique majeur du secteur.
Production industrielle, diffusion audiovisuelle, infrastructures, sponsoring, services sportifs : tous les indicateurs montrent une montée en puissance progressive de l'écosystème.
La question n'est plus de savoir si le sport représente une opportunité économique au Vietnam.
La véritable question est de savoir quels acteurs seront capables de capter la valeur créée par cette croissance.
Et sur ce terrain-là, la partie ne fait que commencer.



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