Infinite Golf : le pari vietnamien derrière un marché encore à décoder
- RelocationVietnam
- Jul 1
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Le Vietnam attire. En 2025, le pays a enregistré une croissance du PIB de 8,02 %, portée par les exportations, l’investissement public et la consommation intérieure. Les investissements directs étrangers décaissés ont également progressé, atteignant 27,6 milliards de dollars. Même si la Banque mondiale anticipe un ralentissement à 6,8 % en 2026, le pays reste l’un des marchés les plus dynamiques d’Asie du Sud-Est.

Cette dynamique nourrit une impression forte : au Vietnam, certains marchés semblent encore ouverts à ceux qui arrivent tôt, prennent le temps de comprendre le terrain et acceptent de construire dans un environnement moins standardisé qu’en Europe.
C’est dans ce contexte que Stéphane, fondateur de Infinite Golf, a choisi de relancer son projet au Vietnam.
À l’origine, le Vietnam n’était pas le plan A. Son premier projet devait se construire autour de Hong Kong, avec une société dédiée aux voyages de golf haut de gamme. L’idée était claire : proposer du sur-mesure premium à une clientèle internationale, entre expériences golfiques exclusives, prestations de luxe et voyages spécialisés.
Puis le Covid a stoppé le projet avant même son lancement. Hong Kong devenait trop coûteuse, Singapour trop inaccessible, et la Thaïlande déjà très avancée sur le golf. Le Vietnam s’est alors imposé comme une autre voie : moins mature, moins saturée, mais avec un potentiel plus brut.
C’est souvent là que se situe l’intérêt du Vietnam : dans cet espace entre ce qui n’existe pas encore complètement et ce qui peut encore être structuré.
Un marché encore jeune, mais déjà soutenu par de vrais signaux
Le pari de Stéphane n’est pas isolé. Le golf se développe rapidement au Vietnam. Le pays compte environ 70 parcours de golf et près de 100 000 golfeurs locaux, selon des données citées par Reuters en 2025. Le lancement d’un complexe golfique de 1,5 milliard de dollars près de Hanoi confirme également l’intérêt croissant des investisseurs pour ce segment premium.
L’idée de Infinite Golf naît d’une observation simple : le Vietnam développe une vraie culture du golf, mais le climat complique la pratique extérieure une partie de l’année. Saison des pluies, humidité, typhons dans certaines régions, manque d’infrastructures indoor haut de gamme : le marché laisse encore de l’espace pour des concepts hybrides, plus premium et plus flexibles.
Stéphane y voit une opportunité : proposer un centre de golf indoor équipé de simulateurs professionnels, avec une approche structurée du coaching et une expérience plus internationale.
Sur le papier, le projet coche plusieurs cases : une clientèle locale aisée en progression, une population expatriée, des cadres internationaux, des entrepreneurs, et une ville comme Ho Chi Minh City où la demande pour des loisirs premium continue d’augmenter.
Mais au Vietnam, une bonne idée ne suffit pas. Entre l’opportunité et l’ouverture effective, le chemin peut être long.
Ho Chi Minh City : le bon marché, mais pas le plus simple
Après une première phase à Da Nang, Stéphane décide de s’installer à Ho Chi Minh City. Le choix est stratégique. La ville représente environ 23,5 % du PIB national et près d’un tiers des recettes budgétaires du pays. Elle reste le principal moteur économique du Vietnam.
Pour un projet comme Infinite Golf, cette concentration est essentielle. Ho Chi Minh City rassemble davantage de clients potentiels, de réseaux, de pouvoir d’achat, d’entreprises internationales et d’opportunités commerciales.
La ville est aussi plus réactive, plus connectée, plus internationale. C’est là que Stéphane retrouve l’énergie nécessaire pour relancer son projet.
Mais ce dynamisme a un prix. Les loyers commerciaux sont élevés, les propriétaires peuvent surestimer la valeur de certains biens, et le marché immobilier professionnel manque parfois de repères clairs. Un local disponible ne signifie pas toujours qu’il est exploitable. Un bâtiment bien placé ne garantit pas que les documents, les normes ou l’usage commercial soient alignés.
C’est l’un des points que Stéphane retient le plus fortement : au Vietnam, l’opportunité existe, mais elle doit être vérifiée ligne par ligne.
Cinq ans pour faire exister le projet
Stéphane ne présente pas son installation comme une réussite rapide. Son parcours est marqué par des blocages, des projets abandonnés, des négociations longues et plusieurs décisions de dernière minute.
Avant d’ouvrir Infinite Golf, il passe plus de deux ans à chercher un local adapté. Plusieurs pistes semblent prometteuses, puis s’effondrent au moment de vérifier les documents : permis de construire non conformes, usage commercial incertain, normes incendie absentes, charges cachées, coûts imprévus ou propriétaires pressés de signer sans sécuriser les bases.
Le point est essentiel pour tout entrepreneur étranger : au Vietnam, la rapidité apparente du marché peut parfois masquer une réalité plus complexe. On peut visiter vite, négocier vite, signer vite. Mais si les documents ne suivent pas, le projet peut devenir fragile avant même son ouverture.
Ce n’est pas nécessairement un marché fermé. C’est plutôt un marché où la lecture du terrain demande du temps, des relais locaux et une capacité à anticiper ce qui n’est pas toujours visible au premier échange.

Un cadre administratif à comprendre avant d’investir
Créer un business au Vietnam ne se limite pas à trouver une idée et un emplacement. Il faut sécuriser la structure juridique, le droit de travailler, les visas, les licences, les autorisations, les contrats, les taxes, l’importation, les fournisseurs et les relations avec l’administration.
Cette complexité n’est pas propre à l’expérience de Stéphane. La Banque mondiale souligne elle-même que le Vietnam devra renforcer son environnement légal et réglementaire, ainsi que la qualité de ses institutions, pour atteindre son ambition de devenir un pays à haut revenu d’ici 2045.
C’est précisément là que se situe la difficulté pour un entrepreneur étranger : les règles existent, mais leur application peut varier selon les interlocuteurs, les secteurs, les documents disponibles et le niveau local de traitement.
Pour Stéphane, cette partie a été l’une des plus exigeantes. Les réponses pouvaient changer selon les personnes consultées. Les coûts annoncés variaient fortement. Certains prestataires proposaient des solutions très chères, d’autres beaucoup moins, sans qu’il soit toujours simple de savoir ce qui était fiable, légal ou durable.
Au Vietnam, l’anglais ne suffit pas toujours. Les factures, les appels, les bons de commande, les documents administratifs et les échanges du quotidien passent largement par le vietnamien. Sans avocat local, sans assistante vietnamienne et sans réseau fiable, certaines démarches deviennent beaucoup plus difficiles à sécuriser.
Le vrai risque commence avant l’ouverture
L’un des enseignements les plus importants de son parcours concerne le moment où le risque apparaît. Il ne commence pas le jour où l’activité ouvre. Il commence bien avant : au moment du choix du local, du contrat, des licences, du montage juridique et de l’importation du matériel.
Dans le cas de Infinite Golf Club l’équipement est central. Le projet repose sur du matériel technologique premium, notamment des simulateurs et équipements électroniques importés des États-Unis. Cette partie a ajouté une nouvelle couche de complexité : transport, douanes, taxes, délais, documentation et possibles blocages.
C’est un point souvent sous-estimé par les entrepreneurs étrangers. Le budget réel d’un projet au Vietnam ne se limite pas au loyer, aux travaux, au mobilier et aux salaires. Il faut aussi intégrer les frais invisibles : conseils juridiques, traductions, corrections de trajectoire, retards, contrôles, stockage, imprévus douaniers et pertes liées à de mauvaises informations.
Un projet peut sembler rentable sur Excel, puis devenir beaucoup plus fragile une fois confronté au terrain.
Pourquoi rester, malgré tout ?
C’est probablement la question centrale de l’interview.
Pourquoi rester après autant de blocages ? Pourquoi continuer après plusieurs projets avortés ? Pourquoi ne pas repartir vers l’Europe ou vers un marché plus prévisible ?
La réponse de Stéphane est pragmatique : malgré les difficultés, la qualité de vie au Vietnam reste forte. Le quotidien est agréable, la nourriture excellente, le coût de la vie encore attractif si l’on évite une consommation trop importée, et l’énergie du pays donne le sentiment que les choses avancent contrairement à l’Europe aujourd’hui .
Le Vietnam offre aussi une forme de liberté entrepreneuriale que Stéphane ne retrouve plus en Europe. Après la France, le Maroc, l’Espagne et plusieurs expériences internationales, il ne se voit pas revenir dans un environnement qu’il juge plus lourd, plus figé et moins stimulant professionnellement.
Au Vietnam, tout est moins prévisible. Mais tout paraît encore possible.
C’est cette contradiction qui résume son expérience : le pays peut épuiser par sa complexité, mais il continue d’attirer par son potentiel.
Le Vietnam récompense la résilience, pas l’improvisation
L’histoire de Stéphane n’est pas un récit idéalisé sur l’expatriation. Ce n’est pas non plus un discours contre le Vietnam. C’est une lecture lucide d’un marché où les opportunités existent, mais où l’on ne peut pas avancer naïvement.
Le Vietnam attire de plus en plus d’entrepreneurs, de salariés internationaux et d’entreprises étrangères. Sa croissance, sa classe moyenne en expansion et son positionnement régional créent de vrais signaux positifs. McKinsey estime d’ailleurs que plus de la moitié de la population vietnamienne pourrait rejoindre la classe moyenne mondiale d’ici 2035.
Mais pour les entrepreneurs indépendants, la réalité reste exigeante. Il faut du temps, des contacts, de la patience, une vraie capacité à absorber les retards, et une vigilance constante sur les contrats, les locaux, les licences, les taxes, les visas et les partenaires.
Pour Stéphane, le Vietnam reste un pays où il est possible de construire. Mais seulement si l’on comprend que le potentiel ne remplace jamais la préparation.
Infinite Golf Club est né de cette tension : un marché porteur, un concept pertinent, une ville dynamique, mais aussi des années de friction avant de pouvoir ouvrir.
Le Vietnam offre encore de vraies opportunités. Mais il ne les donne pas facilement.